Seniors

Témoignages

Dans de nombreux pays d’Asie, il n’est pas rare que les jeunes gens s’excusent de leur incompétence « due à leur trop grande jeunesse ». Dans les sociétés de l’Afrique traditionnelle, la vieillesse n’est pas perçue comme un déclin mais comme une richesse où l’individu qui vieillit cumule qualités et expériences. On vient prendre conseil auprès des « vieux » ou tout simplement les écouter parler.

La valeur des témoignages qui suivent, alors même qu’ils engagent la seule mémoire individuelle, est de rejoindre la mémoire collective. Se souvenir est un moyen unique de partage mais aussi de transmission, la narration devient alors un vecteur précieux de diffusion, des simples valeurs culturelles aux paroles inspirées par la sagesse de l’âge…

Portrait d’une centenaire

Entretien avec Madame Germaine CHENIER,
centenaire à la Résidence « Les Portiques »

Madame Chénier est confortablement installée dans un fauteuil, les jambes soutenues par un repose-pied. Elle est d’un abord facile, aimable, ouvert. D’un physique agréable, que le temps ne semble pas avoir atteint, le regard tranquille. Il émane de sa personne une véritable « présence ». D’emblée on perçoit un caractère marqué : au salut déférent adressé à son nom, elle répond vivement : « je m’appelle Germaine ! », le ton est donné, le style sera direct…


- Vous avez eu 100 ans hier, A quoi attribuez-vous le fait d’être arrivée jusqu’à cet âge ? Quelle est votre recette ?

Je suis née le 4 juin 1907. Je suis en très bonne santé, j’ai et j’ai toujours eu une vie régulière, je mange bien, je dors bien, j’entends très bien et je suis encore capable de lire sans lunettes. Je suis née à Montesson où la qualité de vie est reconnue et j’y ai vécu la plupart du temps. J’aime cette ville, l’église particulièrement, avec ses marches accueillantes et ses cloches, qui donnent à entendre un son merveilleux. J’aime le son des cloches ! Quand vous rentrez dans l’église, retournez-vous, vous verrez c’est très joli ! Et puis, je lis le journal tous les jours, je sors tous les après midi, je marche, je suis bien ici, j’ai une vie saine. (Madame Denoux, Directrice des « Portiques » ajoute que Madame Chénier réside aux Portiques depuis 1982, date d’ouverture de l’établissement)

- Quel souvenir gardez-vous de votre jeunesse ?
Mon père était chausseur. Attention ! à ne pas confondre avec cordonnier ! C’était un véritable artiste, il fabriquait lui-même les chaussures, de la conception jusqu’à la réalisation, sur mesure. Dans son atelier, ça sentait le fil poissé, c’est du fil torsadé composé de plusieurs fils de lin ou de chanvre maintenus ensemble par de la poix. J’adore cette odeur ! Je portais les chaussures que mon père fabriquait, elles étaient souvent trop petites, parfois il devait même faire des trous pour laisser passer les orteils et je les usais jusqu’au bout ! Peut être pour confirmer que « c’est le cordonnier le plus mal chaussé » ! Ma mère était couturière, ce sont des métiers qui ont disparus. Des vieux métiers d’autrefois. Moi-même j’ai travaillé, comme vendeuse, dans une pâtisserie rue de l’Odéon à Paris où nous avons habité quelques années avec mon mari, car mon mari était un bon pâtissier, Ça tombait bien, je suis très gourmande ! Je confectionnais des cornets dans lesquels on rangeait les gâteaux ou les bonbons, on ne donnait pas de sachet à l’époque, je les confectionnais d’un tour de main, je ne saurais plus le faire aujourd’hui. Ensuite nous sommes revenus à Montesson, c’est vraiment l’endroit que je préfère, où je suis allée à l’école, je me souviens des bureaux avec les encriers qu’il fallait remplir, des buvards, des doigts plein d’encre, de l’institutrice Mademoiselle Vannet à qui on faisait des tours. Et puis plus tard il y a eu les bals ! On dansait la valse avec de beaux garçons, en général on avait un cavalier attitré ! J’ai fait aussi ma première communion à Montesson et je m’y suis mariée. C’est ma sœur, qui était couturière, comme ma mère, qui m’avait confectionné ma robe, elle était magnifique avec un manteau de cour tenu par deux agrafes sur les épaules. Je me revois sortant de l’église ! sur les marches…Je n’ai pas eu d’enfants mais j’ai élevé mes neveux et nièces, moi j’étais la petite dernière ! Ils m’appelaient tante Germaine. D’ailleurs ils me rendent bien aujourd’hui l’affection que je leur ai portée, ils sont tous très gentils, ils viennent me voir de temps en temps, j’ai beaucoup de visites de mes amis(ies), je ne me sens absolument pas abandonnée.

- Vous avez une grande richesse, celle d’avoir traversé le siècle dernier. Que pouvez vous nous en dire ?
Ce qui m’a marqué le plus évidemment ce sont les deux guerres, surtout la guerre de 1914, peut être à cause de mon âge, j’avais 7 ans, j’avais peur des zeppelins, c’est une image qui m’a marquée. Je me rappelle les bombardements. Ça n’était vraiment pas drôle. On allait se réfugier dans les caves. Plus tard on s’est aperçu que l’abri le plus sûr était la plaine de Montesson, alors dès les premiers signes d’alerte, on se retrouvait dans des tranchées qu’on avait emménagées. Non, ce n’était vraiment pas drôle ! Sinon, je me rappelle les vacances dans le midi avec mon mari. Nous partions en train, les voyages en train à l’époque étaient très longs, même interminables. Ce que je peux vous dire c’est que le temps passe vite, je n’ai pas l’impression d’avoir 100 ans, d’ailleurs j’ai du mal à réaliser, ça ne me fait rien de particulier. Je ne me suis pas rendu compte du temps qui a passé. Quand je pense à ma jeunesse, je me demande si ce que j’ai vécu est vraiment arrivé, c’est tellement loin. Je suis toujours étonnée : est-ce bien moi qui ai vécu ça ? qui ai fait ça ?

- Quel enseignement principal avez-vous retenue de la vie ?
Je crois surtout que dans la vie il faut avoir un caractère bien trempé ! Savoir ce que l’on veut et se débrouiller quoi qu’il arrive. Je crois moi-même y être arrivée. C’est tout ce que je peux vous dire.

Entretien avec Madame Napoly, 80 ans, Présidente de l'association « Les peintres de Chatou »

L’appartement de Madame Napoly est comme tapissé de tableaux, les siens, des tableaux glanés ça et là au hasard de salons ou d’expositions, de toutes dimensions, de tous styles. On comprend vite en entrant que l’on est chez une véritable artiste et une amatrice d’art. Madame Napoly, à presque 80 ans, est d’un naturel optimiste et gai. Elle dégage une énergie étonnante et communicative. Passionnée de peinture, elle a accepté de répondre à quelques questions.


- Avez-vous toujours peint et que représente pour vous la peinture ?

J’ai toujours dessiné et peint, par passion et pour mon loisir mais j’en ai fait également mon métier. Mes études d’art appliqués m’ont conduite au métier de dessinatrice de bijoux et de foulard pour la Haute couture. J’ai dessiné des maquettes pour de grands couturiers : Madeleine De Rauch, Nina Ricci, Christian Dior, Roger et Galley, Jacques Fath, certains ont disparu aujourd’hui. Plus tard j’ai travaillé bénévolement pour le musée Galliera à Paris, le musée de la mode et du costume, je travaillais avec les conservateurs, pour réunir des accessoires, chapeaux, éventails, gants pour les expositions temporaires. J’y ai passé plusieurs années de bonheur. La peinture, elle, m’a toujours accompagnée, la mienne, celle des autres. J’aime les sensations que procurent le fait de peindre mais j’aime aussi l’émotion brute que procure la vision d’un beau tableau, j’aime être saisie par les sens, touchée dans tout mon être, sans intervention du mental.

- Vous êtes présidente de l’association «les peintres de Chatou», parlez-nous de cette association ?
Je m’occupe depuis 12 ans de cette association dont je suis la présidente. J’anime un atelier tous les mardis de 9h00 à 17h00. 30 personnes environ, de tous âges, y participent. C’est un atelier où chacun est libre et où je propose quelques conseils techniques, je présente en général deux natures mortes le matin et la peinture de modèles vivants l’après midi. Quand il fait beau nous prenons nos chevalets et nos pinceaux et nous partons peindre à l’extérieur. L’association a une vocation également d’exposition. Chaque année, des œuvres sont présentées au Salon des beaux-arts à Chatou. Nous passons beaucoup de temps avec mon mari à rechercher des pièces à exposer, nous parcourons les salons, les expositions, nous rencontrons les créateurs, dans toute la France, en essayant d’être novateur, de ne pas toujours exposer les mêmes artistes, d’en découvrir toujours de nouveaux. Cette année nous en fêterons le 50ème anniversaire, du 17 novembre au 2 décembre. J’ai beaucoup de travail, je dois m’occuper des affiches, de la communication, c’est un gros travail et même si le salon a lieu en novembre, il se prépare bien en amont.

- Est-ce que l’on peint différemment à 20 ans et à 80 ans ?
Oui évidemment. On prend de la maturité, d’un point de vue technique, on essaye différentes matières, différents supports, on évolue. Mais également d’un point de vue plus global on acquiert obligatoirement plus de maîtrise, plus d’habileté. Et puis l’intérêt c’est de se renouveler, de créer, toujours.

- Le 20ème siècle a vu l’émergence de nombreux courants de peinture, notamment l’art abstrait, comment avez-vous traversé cette évolution ?
L’important pour moi est de « recevoir » les œuvres. Qu’importe l’artiste ou le courant pictural, l’important est que l’œuvre me touche. Je ne suis pas très sensible personnellement à l’art abstrait. Pour ce qui est de l’évolution, ce que j’observe surtout c’est que de plus en plus de gens peignent, la peinture s’est démocratisée, s’est répandue dans toutes les couches de la société. Je le vois quand je parcours les salons et les expositions. Beaucoup de peintres sont amateurs mais s’investissent énormément, travaillent la technique, apprennent, regardent. Et nombreux sont ceux qui ont un véritable talent ! Pour moi la véritable évolution c’est que de plus en plus de monde sache regarder et dessiner.

- D’après vous, en quoi le grand âge représente un atout ?
Le privilège de l’âge est d’avoir plus de détachement sur les choses, plus de recul et donc de mieux en profiter. On peut vivre pour soi, on est libre, sans obligations, sans le lourd fardeau des responsabilités. L’essentiel est d’avoir des projets, des passions, c’est primordial ! Et continuer à être actif. Mais je crois aussi qu’il y a le caractère, il faut savoir admettre que l’on n’est plus jeune, l’accepter et avoir des ambitions à la mesure de ses moyens. En fait je crois que l’on vieillit comme l’on a été…

Catovienne de mère en fille.

« Chatou est une très jolie ville, tout prêt de Paris, c’est un endroit magnifique ! ». Madame Mireille Paulin, 91 ans habite Chatou depuis février 1955, avant elle habitait Carrières sur Seine.

« Une opportunité s’est présentée, un immeuble se construisait à Chatou, dans un espace verdoyant, à proximité des transports, pour nous c’était le rêve ! Nous avons pu acheter un appartement mon mari et moi. Nous avons été les premiers acheteurs ! A l’époque la gare de Chatou accueillait le train, qui allait de Saint Lazare à Saint Germain en Laye, c’était beaucoup plus pratique pour ma fille qui allait au lycée de Saint Germain en Laye, c’était direct. Il faut dire qu’à l’époque les trains étaient moins nombreux qu’aujourd’hui ».

Madame Monique Grouas, 65 ans, fille de Madame Paulin, acquiesce et précise que les écoles de Chatou et des environs ont toujours été et sont toujours d’excellente qualité. « J’habite Chatou moi aussi depuis toujours, à part 2 années « d’infidélité » où nous avons séjourné à Paris avec mon mari, nous sommes finalement revenus ici, pour la qualité de vie, la proximité de Paris, la facilité de transport, mon fils a fait lui même ses études à Saint Germain en Laye, désormais il est installé lui aussi à Chatou. »

Madame Paulin a donc connu le Chatou des années 1950, « l’atmosphère sociale était totalement différente, je suis nostalgique de ce temps là ! Il y avait de nombreux commerces, à l’endroit actuel des arcades, des commerces de bouche, un traiteur, un boucher, 2 marchands de chaussures, c’était très animé. Je vous parle du temps où l’avenue Foch n’avait pas encore été élargie et du temps de l’ancien pont. Il n’était pas tout à fait à l’endroit du pont actuel, en regardant vers Paris, il était bien après l’église. C’était un pont à deux voies, il était déjà régulièrement engorgé par la circulation, deux voies vous pensez, ce n’est pas suffisant ! La construction du nouveau pont a tout changé, l’avenue Foch a été élargie…mais la circulation ne s’est pas améliorée ! L’arrivée du RER a aussi beaucoup bouleversé la Ville ! »

« C’était le 1er octobre 1972, précise Monique,. Chatou s’est trouvé propulsé à 12 minutes de l’Etoile, en liaison directe avec le réseau métropolitain. Chatou s’est pour ainsi dire rapproché de Paris. La fréquence des trains aussi a énormément augmenté. C’est un plus pour la Ville c’est évident. D’ailleurs beaucoup de personnes habitent Chatou et travaillent à la Défense ou sur Paris, la facilité de transport est un atout important. Et c’est un des éléments qui peut pousser les jeunes couples à s’installer sur Chatou et chacun sait que notre ville est agréable pour vivre une véritable vie de famille. »

« En fait Chatou a beaucoup évolué, conclut Mireille, les temps changent, la société change…c’est la vie ! »
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Fermeture exceptionnelle pour travaux du 25 au 28 juin et le samedi 17 août.
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Fermeture exceptionnelle du lundi 24 au vendredi 28 juin matin, en raison de la vidange technique.
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