Comment envisagez-vous votre métier et la création littéraire ?
Comme deux activités tantôt complémentaires, tantôt difficiles à concilier. La critique m’amène à beaucoup lire et réfléchir sur la forme romanesque. Elle nourrit d’autant plus mon travail d’écrivain que je n’ai plus de difficultés, aujourd’hui, à séparer l’écriture journalistique et l’écriture littéraire, qui obéissent à des logiques différentes. Socialement, cela peut se révéler inconfortable : il n’est pas toujours bien vu de porter ces deux casquettes.
Quelles sont vos sources d'inspiration ?
Pour La Princesse et le pêcheur, mon premier roman, j’ai puisé à la fois dans une histoire réelle (une relation à l’adolescence, avec un ami boat people), des itinéraires familiaux tout aussi véridiques (mon grand-père et mon arrière-grand-père ont bien été assassinés), ainsi que dans un patrimoine littéraire particulier : celui de contes traditionnels vietnamiens, qui viennent rythmer le récit principal. Pour La Double vie d’Anna Song, je suis partie d’une authentique affaire d’imposture dans le milieu de la musique classique. J’en ai eu vent grâce à un article de journal, et m’est alors venue l’idée de construire un récit à deux voix, alternant coupures de presse et récit à la première personne d’un des protagonistes, le mari et producteur de la pianiste à l’origine du scandale. Un peu comme si deux vérités, l’une publique, l’autre intime, s’affrontaient. Le Vietnam est très présent, tout autant que la musique.
Recevoir un prix, est-ce important ?
C’est toujours important, mais pour des raisons qui peuvent varier. Un prix de lecteurs fait plaisir, on est heureux parce qu’on sait qu’il s’agit d’un élan du coeur, que le livre a été aimé, et c’est chose précieuse. Les enjeux d’un prix tel que les grands prix d’automne sont d’un autre ordre : ils peuvent démultiplier vos ventes, et revêtent donc une importance commerciale et stratégique. Les médias accorderont davantage d’attention à vos publications, qui seront sans doute mieux diffusées, plus reconnues – pendant un temps, en tout cas, car le succès n’est jamais un acquis. À terme, rien ne vaut le soutien des libraires et un bon bouche-à-oreille, ce dont les prix de lecteurs sont d’ailleurs plus ou moins le reflet.
Pourquoi avoir accepté ce rôle de Président du jury ?
Pour remercier les Catoviens d’avoir récompensé mon premier roman, La Princesse et le Pêcheur, et parce que j’avais apprécié le débat qui avait eu lieu à cette époque : le fait qu’il se soit déroulé en public et que nous ayons pu assister aux échanges, entendre les arguments des uns et des autres, m’a beaucoup intéressée.
Qu’attendez-vous de cette expérience ?
Comment envisagez-vous les rencontres avec les autres membres du jury? Des découvertes, en termes littéraires, bien sûr, mais aussi humains : rencontrer des gens passionnés par la littérature est toujours agréable. Deux/trois réunions sont prévues pour préparer la rencontre publique, j’imagine qu’après les présentations d’usage nous passerons en revue les textes en lice, les positions des uns et des autres, et déterminerons les grandes lignes du débat, ainsi que les temps de parole.
Quelle est votre actualité littéraire ?
Je viens de publier un deuxième roman, La Double vie d’Anna Song (éd. Actes Sud). L’histoire d’une pianiste longtemps négligée, qui s’est retirée de la scène pour se consacrer à l’enregistrement, comme Glenn Gould, et a ainsi produit plus de cent CD couvrant presque tout le répertoire pour piano, de Bach à Messiaen. Des disques magnifiques que son producteur et mari met sur le marché, déclenchant un véritable phénomène : les médias comme le public crient au génie. Six mois passent, lorsqu’il est par hasard découvert qu’Anna Song n’a enregistré aucun des morceaux qui ont fait sa gloire : son époux a pillé et manipulé électroniquement les œuvres de dizaines d’autres interprètes afin de constituer une discographie fabuleuse à celle qu’il aimait...